La Gentle Style

Couleurs intemporelles : pourquoi nous ne suivons pas les tendances mode !

Couleurs intemporelles : pourquoi nous ne suivons pas les tendances mode !

- Par Christèle Merter

Marine, écru, kaki, gris, bordeaux, indigo. Chez La Gentle Factory, nos couleurs traversent les saisons. Pas par manque d’imagination. Parce qu’un vêtement pensé pour durer ne devrait pas devenir démodé simplement parce que sa couleur ne l’est plus.

Chaque saison, la mode change de couleurs.

Un vert devient incontournable. Puis un brun. Un rose. Un bleu. On leur donne parfois de nouveaux noms, on les retrouve dans les cahiers de tendances, sur les podiums, dans les vitrines, sur les réseaux sociaux.

Pendant quelques mois, elles sont partout. Puis une nouvelle saison arrive. Et avec elle, une nouvelle palette.

A La Gentle Factory, on a choisi de fonctionner autrement. Notre palette évolue peu. Certaines couleurs sont là depuis nos débuts en 2013. D’autres sont arrivées plus tard et ont fini par s’installer durablement dans notre vestiaire. Ce choix pourrait sembler anecdotique. Il ne l’est pas. Parce que derrière une couleur, il y a du tissu, des bains de teinture, des minimums de production, du stock, du temps de développement, des ateliers.

Et surtout, il y a une question toute simple :

si on fabrique un vêtement pour qu’il soit encore porté dans dix ans, pourquoi choisir sa couleur pour les six prochains mois ?

Et surtout, il y a une question toute simple :

si on fabrique un vêtement pour qu’il soit encore porté dans dix ans, pourquoi choisir sa couleur pour les six prochains mois ?

Les couleurs de la mode ne viennent pas de nulle part

Avant d’arriver dans nos boutiques, les couleurs d’une saison ont souvent commencé leur vie bien plus tôt. Parfois dix-huit mois, voire deux ans auparavant.

Des bureaux de tendances comme Peclers Paris, Nelly Rodi ou WGSN observent les évolutions de la société, du design, de l’art, de l’architecture, de la décoration, des comportements de consommation ou encore des mouvements culturels. Ils analysent des signaux faibles et tentent d’anticiper les envies de demain.

De ce travail naissent notamment les fameux cahiers de tendances. Des documents très travaillés qui racontent une saison à venir : ses matières, ses silhouettes, ses inspirations… et bien sûr ses couleurs. Le processus est sérieux. Il ne s’agit pas de quelques personnes réunies autour d’une table qui décideraient arbitrairement que « l’hiver prochain sera violet ». Ces cahiers sont le résultat d’un véritable travail de veille, d’analyse et d’anticipation.

Ils sont aussi très utiles aux marques : ils permettent de comprendre l’époque, d’identifier des mouvements émergents et de construire des collections cohérentes. Nous les avons consultés. Nous les regardons encore. Parce qu’une marque ne vit pas en dehors de son époque. Mais nous avons décidé très tôt de ne pas laisser ces cahiers décider de notre palette.

 

Quand toute une industrie regarde les mêmes tendances

Le problème n’est donc pas l’existence des cahiers de tendances. Le problème commence lorsque toute une industrie finit par regarder les mêmes informations, au même moment, pour construire des collections destinées à être renouvelées quelques mois plus tard.

Une couleur apparaît. Les marques l’adoptent. Les médias la relaient. Les vitrines s’en emparent. Les réseaux sociaux l’amplifient. Elle devient « la couleur de la saison ». Puis une autre arrive.

Pantone participe à ce phénomène avec sa célèbre Color of the Year.

  • En 2023, Viva Magenta.
  • En 2024, Peach Fuzz.
  • En 2025, Mocha Mousse.
  • En 2026, Cloud Dancer.

Ces choix racontent quelque chose de leur époque et nourrissent énormément les univers du design, de la décoration et de la mode. Mais chez nous, une question revient toujours : qu’est-ce qu’on fait de la couleur de l’année… l’année suivante ?

Parce qu’un vêtement ne devrait pas avoir une date de péremption visuelle.

Une couleur n’est jamais juste une couleur

Quand on fabrique en France, développer une nouvelle couleur n’est pas simplement déplacer un curseur sur un écran.

  • Il faut trouver la matière.
  • Vérifier que la teinte peut être obtenue sur cette matière.
  • Faire des essais.
  • Comparer les bains.
  • Valider les nuances.
  • Commander des quantités minimums.
  • Produire.
  • Stocker.
  • Puis espérer avoir suffisamment bien anticipé la demande.

Et recommencer quelques mois plus tard si la couleur suivante doit remplacer la précédente.

À notre échelle, cela n’aurait pas beaucoup de sens.  Nous préférons consacrer ce temps à améliorer une coupe, travailler une matière, développer un nouveau savoir-faire ou réassortir une pièce qui fonctionne. Faire moins de couleurs nous permet aussi de mieux les faire.

 

Et côté environnement ?

La teinture fait partie des étapes à fort impact de l’industrie textile, notamment en raison de sa consommation d’eau, d’énergie et de l’utilisation de substances chimiques selon les procédés employés. Mais soyons précis. Travailler longtemps avec les mêmes couleurs ne signifie pas que nous supprimons les teintures : quand nous reproduisons un tee-shirt marine, il faut évidemment toujours produire sa matière dans la bonne teinte.

L’intérêt de notre démarche est ailleurs. Une palette courte et stable permet de limiter la multiplication permanente des références et des développements. Elle facilite aussi les réassorts. Si un marine fonctionne cette année, nous pouvons le reproduire l’année prochaine. Nous n’avons pas besoin de l’abandonner simplement parce qu’une nouvelle nuance est devenue tendance. Et surtout, nous réduisons le risque de nous retrouver avec une couleur devenue difficile à vendre quelques mois seulement après son lancement. Or, fabriquer un vêtement qui ne trouve pas preneur reste l’un des plus grands non-sens environnementaux de notre métier.

Le vêtement le plus responsable reste d’abord celui que quelqu’un aura envie de porter longtemps.

 

Six couleurs pour construire un vestiaire

Notre palette n’a pas été figée le premier jour de La Gentle Factory. Elle s’est construite avec le temps. Certaines couleurs sont présentes depuis nos débuts. D’autres sont venues compléter notre vestiaire parce qu’elles fonctionnaient avec celles qui existaient déjà. Aujourd’hui, six couleurs constituent notre socle. Pas parce qu’elles seraient les seules belles couleurs du monde. Mais parce qu’ensemble, elles permettent de construire une garde-robe cohérente, facile à porter et capable de traverser les années.

1.BORDEAUX

Du caractère, sans crier. On voulait une couleur chaude. Mais pas un rouge trop vif. Quelque chose capable d’apporter du caractère à notre palette sans rendre le vêtement difficile à porter. Le bordeaux s’est imposé comme ça.

  • Avec du marine, il réchauffe.
  • Avec de l’écru, il ressort.
  • Avec du gris, il devient presque classique.

C’est aussi une couleur qui fonctionne particulièrement bien en automne et en hiver sans pour autant être enfermée dans une seule saison. Une couleur forte, oui.  Une couleur qui se démode au bout de six mois, non.

Six couleurs pour construire un vestiaire
Notre couleur intemporelle : la bleu marine

2. MARINE

Notre fondation. C’est probablement la couleur qui résume le mieux notre vestiaire. Le marine fonctionne presque avec tout. Avec un jean, un chino, de l’écru, du kaki, du gris, du bordeaux. Il peut être habillé ou décontracté. Discret sans être terne. Facile sans être banal.

Et surtout, il ne cherche pas à attirer l’attention sur lui. Il laisse la matière, la coupe et celui qui porte le vêtement faire le reste. Le marine ne cherche pas à surprendre. Il fait simplement très bien son travail.

Notre couleur intemporelle : l'écru

3. ÉCRU

La couleur de la matière.  L’écru est moins parfait que le blanc. Et c’est justement ce qu’on aime chez lui. Selon les matières et les lots, sa nuance peut légèrement évoluer. Il laisse davantage apparaître la texture d’un coton, d’un lin ou d’une maille. L’écru ne cache pas grand-chose. Il révèle la matière.

Et dans une garde-robe, il apporte de la lumière sans créer le contraste parfois très fort d’un blanc optique.

  • Marine + écru.
  • Kaki + écru.
  • Indigo + écru.

Difficile de se tromper.

 

4.  KAKI

La couleur qu’on attrape sans réfléchir. C’est probablement l’un des meilleurs compliments qu’on puisse faire à un vêtement.

Le kaki a cette capacité à être présent sans prendre toute la place. Il fonctionne avec le marine, l’écru, le gris, l’indigo. Il traverse l’hiver comme l’été.

Et selon la matière, il peut raconter quelque chose de complètement différent : plus workwear sur une veste, plus doux sur un sweat, plus estival sur du lin.

C’est une couleur pratique. Et chez nous, « pratique » est loin d’être un gros mot.

 

 

Notre couleur intemporelle : le gris chiné

5. GRIS

Le meilleur second rôle.  Le gris ne cherche jamais à gagner la bataille des couleurs. Et c’est précisément pour cela qu’il est si utile. Il permet de calmer une silhouette, de faire ressortir une matière ou d’accompagner une couleur plus forte. Mais ce qu’on aime surtout avec le gris, c’est qu’il n’est jamais vraiment identique. Un gris chiné en jersey recyclé vit avec la matière. Un gris uni sur une maille plus dense devient presque graphique. Même couleur sur le papier.

Pas du tout le même vêtement une fois porté.

6. INDIGO

Le bleu qui vit. L’indigo n’est pas là pour remplacer le marine. Il apporte autre chose. Plus de profondeur. Plus de texture. Plus de caractère. C’est aussi une couleur intimement liée à l’histoire du vêtement et notamment à celle du denim. Ce que nous aimons surtout dans l’indigo, c’est sa capacité à évoluer. Il peut se patiner avec le temps et les lavages. Il raconte progressivement la façon dont le vêtement est porté. Finalement, c’est exactement ce que nous attendons d’une couleur : qu’elle vieillisse avec le vêtement plutôt que de vieillir à sa place.

 

Et parfois, on sort de notre palette

Oui. Parce que sinon, ce serait terriblement ennuyeux. Nous ne voulons pas remplacer les diktats des tendances par nos propres diktats.  Alors parfois, une couleur nous fait envie.

Un rouge vif parce qu’il raconte parfaitement une capsule French Food Club.

Un vert particulier parce qu’il fonctionne avec une matière ou une histoire.

On se l’autorise. Mais la logique est différente. Nous savons dès le départ qu’il s’agit d’une couleur de passage, développée pour une capsule ou une série limitée. Elle arrive. Elle raconte quelque chose. Puis elle laisse sa place. À côté, il y a nos couleurs de fond. Celles qui restent. Cette distinction nous permet de continuer à nous amuser avec la couleur sans reconstruire entièrement notre vestiaire tous les six mois.

Le véritable intérêt apparaît quelques années plus tard. C’est probablement ce que nos clients les plus anciens comprennent le mieux. Un vêtement La Gentle Factory acheté aujourd’hui peut fonctionner avec celui acheté il y a trois ans. Et avec celui que vous achèterez peut-être dans deux ans. Un tee-shirt écru vient compléter un pantalon marine.

  • Un sweat kaki fonctionne avec le jean déjà présent dans l’armoire.
  • Un bordeaux réveille le gris.
  • L’indigo rejoint naturellement l’écru.

La garde-robe ne recommence jamais à zéro. Elle se construit. Pièce après pièce. Année après année. C’est une manière différente de penser la nouveauté.

La question n’est plus :
« Qu’est-ce que je dois remplacer cette saison ? »
Mais plutôt :
« Qu’est-ce qui pourrait compléter ce que j’ai déjà ?
Et ça change beaucoup de choses.

Le goût de ce qui dure

A La Gentle Factory, nous aimons la mode. Les belles matières. Les nouvelles idées. Les couleurs.

Les vêtements qui donnent envie.

Choisir de ne pas suivre systématiquement les couleurs de saison n’est donc pas une façon de nous placer en dehors de la mode. C’est simplement notre manière de la pratiquer.  Avec un peu moins de nouveauté imposée. Et un peu plus de continuité.  Parce qu’une garde-robe durable n’est pas forcément une garde-robe dans laquelle rien ne change.

C’est une garde-robe dans laquelle ce qui arrive trouve naturellement sa place avec ce qui était déjà là.  C’est exactement pour cela que nos couleurs restent.

FAQ

Pourquoi La Gentle Factory ne suit-elle pas les couleurs tendance ?

Nous regardons les tendances, mais nous ne construisons pas notre palette autour d’elles. Notre objectif est qu’un vêtement puisse être porté plusieurs années et continuer à fonctionner avec les pièces des collections précédentes. Une palette stable nous semble donc plus cohérente qu’un renouvellement systématique des couleurs tous les six mois.

Qu’est-ce qu’un cahier de tendances dans la mode ?

Un cahier de tendances est un outil de prospective utilisé par les professionnels de la mode, du design et d’autres secteurs créatifs. Des bureaux spécialisés comme WGSN, Peclers Paris ou Nelly Rodi analysent les évolutions culturelles, sociales, esthétiques et comportementales afin d’anticiper les matières, couleurs, silhouettes et univers susceptibles de marquer les saisons à venir.

Comment sont choisies les couleurs tendance ?

Il n’existe pas une seule organisation qui décide des couleurs de la mode. Elles émergent d’un ensemble d’influences : bureaux de tendances, salons professionnels, designers, créateurs, évolutions culturelles, décoration, art, réseaux sociaux ou encore comportements de consommation. Certaines initiatives, comme la Color of the Year de Pantone, contribuent ensuite à donner une forte visibilité à certaines nuances.

 

Quelles sont les couleurs intemporelles pour homme ?

Il n’existe évidemment pas de liste universelle. Chez La Gentle Factory, nous avons construit notre vestiaire autour de six couleurs principales : marine, écru, kaki, gris, bordeaux et indigo. Nous les avons choisies notamment parce qu’elles peuvent facilement fonctionner ensemble et traverser plusieurs saisons.

Pourquoi choisir peu de couleurs dans sa garde-robe ?

Une palette resserrée facilite les associations entre les vêtements. Chaque nouvelle pièce peut compléter celles que l’on possède déjà, ce qui permet de multiplier les tenues sans multiplier autant le nombre de vêtements.

Une garde-robe durable doit-elle forcément être composée de couleurs neutres ?

Non. Durable ne veut pas dire beige, gris et marine uniquement. Une couleur forte peut parfaitement traverser les années si on aime la porter et si elle fonctionne avec le reste de sa garde-robe. C’est notamment la place que tient le bordeaux dans notre palette.

La teinture textile a-t-elle un impact environnemental ?

Oui. Selon les procédés utilisés, la teinture et les traitements textiles peuvent nécessiter de l’eau, de l’énergie et différentes substances chimiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles le choix des matières, des procédés de fabrication et des quantités produites est important. Une palette stable ne supprime pas cet impact, mais elle peut contribuer à une logique de production plus continue et à limiter la multiplication des références.

La Gentle Factory utilise-t-elle parfois d’autres couleurs ?

Oui. Nous développons ponctuellement des couleurs spécifiques pour certaines capsules ou séries limitées. Nous faisons simplement la distinction entre nos couleurs de fond, pensées pour rester dans le vestiaire, et nos couleurs de passage, liées à une histoire ou à une capsule particulière.

Comment construire une garde-robe autour de quelques couleurs ?

Commencez par deux ou trois couleurs principales faciles à associer, puis ajoutez une ou deux couleurs d’accent. L’objectif n’est pas d’imposer des règles, mais de faire en sorte qu’une majorité de vos hauts puissent fonctionner avec une majorité de vos pantalons. Une nouvelle pièce devrait idéalement pouvoir être portée avec plusieurs vêtements que vous possédez déjà.

Est-ce qu’une couleur intemporelle peut quand même se démoder ?

Aucune couleur n’est totalement à l’abri des évolutions de goût. Mais certaines nuances connaissent moins de variations brutales que les couleurs très directement associées à une tendance. Le plus important reste finalement beaucoup plus simple : choisir des couleurs que l’on aime suffisamment pour avoir encore envie de les porter plusieurs années plus tard.

Ces articles peuvent vous intéresser